Le Printemps de la Mémoire

Le Printemps de la Mémoire est la première biennale du Réseau Mémoires-Histoires en Île-de-France depuis sa création il y a un an, le 22 mars 2010. Ce réseau investit le champ de la mémoire et de l’histoire sociale et culturelle : en déclinant de manière transversale les thématiques des questions urbaines et des quartiers populaires, des migrations, du monde du travail et du monde ouvrier, et en articulant l’approche mémorielle et historique.

Plus d’une trentaine associations se sont mobilisées depuis afin que ce réseau existe autour d’orientations claires et concrètes : impulser de nouvelles dynamiques citoyennes par les échanges, la mutualisation des expériences, les collaborations et la mise en partenariat d’initiatives locales ; inscrire plus durablement les actions sur les territoires et auprès des populations ; agir contre les logiques de cloisonnement dans un contexte de fragilisation économique et sociale des forces collectives. L’enjeu est scientifique, culturel et pédagogique et interpelle bien sûr le champ politique.

L’intérêt de cette Première biennale qui se tient du 15 mars au 31 mai vise à valoriser le travail de toutes celles et ceux qui ont investi aujourd’hui le champ de la mémoire en présentant la diversité des approches au travers de différentes formes de restitutions : rencontres-débats, projections de films, expositions, spectacle vivant, etc …

Près d’une cinquantaine d’initiatives et d’événements sont proposés durant cette période ainsi que quatre temps forts, organisés par plusieurs structures du réseau, autour des thématiques suivantes : mémoires et cultures ; mémoires et histoires urbaines, mémoires et histoires des migrations ; mémoires et histoires du monde du travail, des luttes sociales et ouvrières. Bousculées par les débats, toujours en lien avec l’actualité proche ou lointaine, ces rencontres seront l’occasion de connaître, reconnaître et partager les expériences et les réflexions pour construire de nouvelles dynamiques d’intervention et d’actions.

Depuis plusieurs décennies, la mémoire des habitants et des quartiers est devenu un thème important d’initiatives démocratiques dans la région Ile-de-France. Ces initiatives souvent locales sont portées par des associations, des artistes ou des collectifs d’habitants avec comme souci majeur de préserver, de collecter, de rendre visible et de valoriser différents aspects des histoires et des mémoires souvent oubliées ou peu connues du grand public.

Nombre d’initiatives très diverses (dans leur forme, les disciplines artistiques, leurs contenus, leur échelle géographique) illustre la manière dont la société civile choisit de questionner son passé lointain ou plus immédiat comme un des vecteurs pertinents d’une réflexion sur la citoyenneté et la participation locale. Quel regard est porté sur les trajectoires individuelles ou collectives, les mouvements de populations et les mutations sociales, économiques et culturelles, les transformations des territoires urbains, des lieux et des patrimoines matériels ou immatériels qui composent la richesse d’un passé commun ? Que collecte-t-on en priorité : des témoignages, des archives écrites, des images, des objets ? Quelle est la part de la commémoration, de la nostalgie, de la prise de conscience d’une urgence à sauvegarder des éléments d’une histoire refoulée ou oubliée ? Comment ces initiatives rentrent-elles en résonance avec les grands débats de notre société d’aujourd’hui, notamment sur les identités, les cultures, l’espace public etc. Comment aident-elles les populations à déterminer des priorités dans leur engagement démocratique ? Au-delà de la diversité des formes et des contenus, y-a-t-il une cohérence entre ces projets qui donne du sens à une interrogation commune de la société francilienne sur son passé et son devenir ?

Revisiter de manière critique et constructive nos mémoires singulières et collectives nous oblige à interroger nos catégories de représentation et les non-dits de l’histoire, des histoires officielles : un rempart contre l’amnésie, toutes les formes d’amnésie, notamment contre les actualités opportunistes et partisanes, en témoignent les récurrences sur la question de la « nation » et des « identités ».

Claire Villiers, qui a impulsé ce réseau lorsqu’elle était vice-présidente au Conseil régional en lien avec l’Acsé Île-de-France, a toujours souligné l’enjeu de ces projets et de cette dynamique qui explose depuis quelques années sur le territoire francilien mais aussi dans les autres régions.

Saïd Bouziri a toujours milité pour la défense des droits des étrangers en France. Co-fondateur de Sans Frontières et Baraka, il participe à la création de Génériques en 1987. Homme de combat et de luttes auprès des travailleurs, des militants, des sans-papiers, il est l’initiateur de la campagne pour la votation citoyenne.

Nous leur rendons hommage aujourd’hui en leur dédiant cette première biennale, en espérant que vous partagerez ces moments avec nous !